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Croix du chemin     Les Croix et leur histoire



Carte de Cassini, document IGN


La Croix n'est le symbole de la Chrétienté que depuis le VIe siècle et le concile de Constantinople (auparavant, les symboles chrétiens étaient le poisson ou l'agneau). Autrefois, si les croix que l'on pouvait rencontrer çà et là, avaient plusieurs raisons d'être, toutes avaient un même but: Rappeler la présence du Divin, ici et partout, et à chaque moment de l'existence. Aujourd'hui, nous réalisons à quel point elles font partie du leg que nos aïeux nous ont laissé. Il était plus que temps qu'on s'y intéresse.
On pourra les diviser en plusieurs catégories, des usages qui parfois se superposent.

  • 1 - Les Croix de chemins:

  • La croix de chemin peut se retrouver souvent dans les catégories qui vont suivre, disons simplement que, tout comme les menhirs de la préhistoires, les croix marquèrent un emplacement.
    Si l'on regarde les cartes anciennes comme les cartes de Cassini qui datent de Louis XV (ex. ci-dessus, 1750) et qui furent les premières à avoir une "échelle topographique", on constate que les croix étaient les "bornes kilométriques" de l'époque. A la croisée des routes, elles "rassuraient" non seulement par leur côté sacré, mais aussi par le fait qu'on se repérait enfin, sur des cartes pour le moins approximatives à l'époque. Remercions certains cartographes de les faire encore figurer aujourd'hui.
    Dans le quart inférieur gauche de la carte, on distingue parfaitement la Voie Romaine d'Angerville à Pannecières, en passant par La Pierre, et la croix de St Lubin. Un peu plus haut, celle de Montreau à la croisée des chemins d'Angerville et Mennessard et son pendant encore plus haut à Monnerville, au lieu dit "la Poste", la croisée des chemins de Mennessard et de Monnerville en avait une, aujourd'hui démontée ... et placée contre le mur de la ferme.
    A signaler que les chapelles ( les clochers et les tours ! ) comme les croix, servaient évidemment de points topographiques.


    Des pages "Croix du chemin", plus détaillées, sont (ou seront) à votre disposition,
    Celles de Méréville sont terminées, cliquer sur la croix:  



  • 2 - Les Croix de limites:

  • Comme nous le disions plus haut, les croix, à l'instar des menhirs, pouvaient délimiter un territoire. A l'époque Chrétienne, les terrains étant bénis et "baptisés", il était logique de les délimiter par des croix. Elles jouaient un peu le rôle des panneaux de lieux aujourd'hui. Exemple: au Reposoir St Lubin, rte de Montreau, on entre et sort de Méréville.
    Dans ce raisonnement, on comprendra que certains menhirs furent "christianisés": ce ne fut pas vraiment pour conserver le patrimoine (on aurait mis la croix à côté ! ) mais aussi et surtout pour "purifier" un objet païen qui de toutes façons était quasiment indestructible.
    Enfin, il y avait les limites juridiques: les Seigneuries étant souvent de "Droit Divin", mais aussi le clergé qui sous forme de congrégations était assimilé à "Seigneurs" comme on le voit dans les histoires de nos églises. La Forêt Ste Croix, par exemple, Seigneurie écclésiastique des Chanoines de Ste Croix d'Orléans, a ses entrées délimitées par des croix de chemins.

  • 3 - Les Croix de mémoires:

  • Croix du cimetière Des croix furent posées pour rappeler un évènement ou une présence sur un lieu. Le cas le plus courant étant évidemment les croix de cimetières, mais aussi les lieux d'anciens cimetières ou chapelles, le lieu d'un décès accidentel, d'une bataille, ou même d'un évènement heureux (guérison, découverte d'une source). Pour les cimetières, ils se trouvaient tout d'abord derrière les églises puis, pour des raisons d'hygiène (épidémies) ils furent transportés hors des agglomérations. Le grand calvaire fit alors son apparition pour rappeler le lieu primitif près de l'église, mais aussi au nouveau cimetière pour remplacer l'absence du lieu de culte sur le "Champ des Morts". Parfois, on y construisait une chapelle.
    A l'inverse, là où se trouvait une chapelle détruite, on a placé une croix. C'est par exemple le cas de celle de St Aignan, car avant la révolution, Méréville ne comptait pas moins de six chapelles en plus de l'église.

    Il ne fut pas rare que des croix de caveaux devinrent croix de cimetière ou même croix de chemins une fois la concession terminée ou reconstruite. Ainsi des calvaires en pierre détruits, ont repris "vie" en associant le socle original avec une belle croix en fer forgé provenant d'une sépulture. Nous avons plusieurs exemples sur la région. L'exemple de droite est le calvaire du cimetière de Méréville, qui au niveau patrimoine est assimilable aux autres croix de la ville et qui est l'assemblage d'un socle de calvaire en pierre du XVIIe et d'une croix forgée provenant elle aussi de l'ancien cimetière. (autrefois en ville sur l'emplacement de l'école, aujourd'hui salle des fêtes) Sur la photo à droite, on voit nettement que ce fut aussi une croix de "Boisage".


  • 4 - Les Croix de processions:

  • Là, nous abordons un aspect nettement plus religieux, en particulier les pèlerinages et autres commémorations à caractère sacré. Certaines fêtes donnaient lieu à des processions, comme les Rogations à l'Ascension, le boisage pendant les fêtes des récoltes, ou à des pélerinages.

    Les Rogations: Dans certaines provinces (le Centre par exemple), la fête de l'Ascension donnait lieu à une cérémonie particulière: "les Rogations". Depuis 1969, (Vatican II) la date peut être changée pour des besoins locaux. Trois jours avant l'Ascension, se faisaient des processions à la demande des paysans. Ceux-ci posaient une croix au bord de leurs exploitations pour que la procession s'y arrête et la bénisse. La Rogation (du latin "rogatio" ou demande) a pour objet de demander à Dieu une protection, une faveur, sur ce qui est "le pain quotidien" du paysan: Le lundi pour les foins, le mardi pour les moissons, le mercredi pour les vendanges ... Cela pouvant s'étendre à la protection contre la Fièvre aphteuse ou la Tournante du mouton, en pays d'élevage, aux inondations en pays irrigué, etc ...
    Comme on le verra ailleurs dans ce texte, il n'était pas rare que des croix aient plusieurs usages. Par exemple, une croix "déplacée" pour en faire une croix de rogations, et qui était à l'origine une croix de cimetière ou une croix de chemin. Celle de la ferme de Mennessard sur le chemin de Montreau à Monnerville, aujourd'hui déplacée, est de ce type. Elle est maintenant placée contre le mur de la ferme, n'est donc plus une croix de chemins, mais pourquoi pas toujours une croix de Rogations ?
    N'oublions pas non plus les croix placées devant les églises, appelées "Croix Hosannières" car on y chantait le "Hosanna" le jour des Rameaux.

    Le Boisage: Dans les contrées céréalières, il existait par exemple le "boissage" ou "gerbage" de la croix le jour de la fête des moissons, dans d'autres le "boisage" avec une branche provenant d'une récolte locale, enfin le "buisage" le jour des Rameaux ou le Jeudi Saint, où la branche de buis remplaçant la palme méditerrannéenne, était accrochée aux croix du pays. Les croix de pélerinage, peuvent donc être aussi de ce type.
    Certains villages ont réintroduit cette jolie coutume, même en Essonne: Pour remercier le Ciel de la récolte et espérer une bonne récolte l'année suivante, on fabriquait un beau boisseau d'épis décoré de fleurs (Coquelicots) et on l'accrochait lors de la fête, à la croix destinée à le recevoir (appelée "Croix Boissée", nombre de rues de villages portent encore ce nom) . Cette croix a ceci de particulier, qu'il y a un crochet prévu pour retenir le boisseau. (Voir la photo ci-dessus) La même nuit, était pétri "le pain nouveau" qui sera béni le lendemain matin à la grand-messe en présence de tout le village.

    Les pélerinages: Les croix peuvent être celles des catégories précédentes, comme celles marquant une route ... mais la route d'un pélerinage. Celui de St Lubin en est un exemple caractéristique, car nous avons au moins trois croix dites "Croix de St Lubin" sur notre région ! La première, à la sortie de Méréville sur la route de Montreau (près du château d'eau) appelée "le reposoir de St Lubin". Cette croix est typique des croix de pèlerinages: un lieu pour marquer un temps d'arrêt, se reposer de sa route ... sans oublier de faire une prière ! Ensuite, en arrivant à Montreau, se trouve à la croisée des chemins d'Angerville et de Mennessard-Monnerville, la "Croix de St Lubin" de Montreau, point de rencontre de deux routes, deuxième point de repère pour le pèlerinage de St Lubin. Enfin la vraie "croix de pélerinage" de St Lubin, au hameau du même nom, là où se trouvait autrefois la chapelle, en bordure de la voie Romaine de Chartres à Sens.
    Lubin, évêque de Chartres de 544 à 552 était un Saint guérisseur. Haut lieu de passage, sur cette voie romaine entre Chartres et Sens, la chapelle se trouvait en limite du territoire de ces diocèses. Ce lieu attirait chaque année des centaines de pèlerins.

    Pour terminer notre exposé sur les Croix, il nous a semblé indispensable de faire figurer sur cette page une autre croix: celle qui se trouve à l'intérieur de l'église St Pierre-ès-liens de Méréville: A l'instar du Saint-Suaire, elle représente l'empreinte du corps du Christ, une image en "négatif", ici telle qu'elle aurait pu être laissée dans le bois de la Croix: Superbe et émouvante symbolique.
    Réalisée en 1970 par l'artiste Mérévillois Philippe Cara Costea, elle pèse une tonne et demie, mesure six mètres de haut et a été sculptée à la gouge dans une pièce d'Iroko pour prendre place dans le choeur de l'église rénovée après un incendie, et après Vatican II. Elle a fait l'objet d'un thème particulier lors des journées du Patrimoine et a sa propre page qu'il faut voir (ci-dessous).
    Comme si comme ce magnifique cadeau ne suffisait pas, l'artiste réalisa aussi une série de 12 vitraux, en complément des deux déjà réalisés en 1942, le tout représentant la vie du Christ. La série fut inaugurée en 1998. Donc, voir la page "Les Vitraux de St Pierre" après s'être rendu sur le texte de   La Grande Croix  en cliquant sur la Croix.

    Eglise St Pierre ès liens

    L'Artiste réalisa également le Chemin de Croix de même inspiration que celle du Choeur, et qui fut inauguré post-mortem. Donc en complément des 14 "Mystères" du Rosaire (oui ! il en manque un... car entre temps une fenêtre fut hélas rebouchée) , nous avons maintenant les 14 "Stations" de la Passion du Christ. Voir la page "Le Chemin de Croix" après s'être rendu en bas du texte de   La Grande Croix  
    ou en cliquant sur la station XII du Chemin de Croix.

    Eglise St Pierre ès liens





    * En 2004, la commune de Méréville a entrepris la restauration de ses Croix de Chemins, ce qui a motivé la réalisation de ces pages. (Voir photos avant et après travaux).
    Les croix ont été remises en place pour les journées du Patrimoine 2005.
    Toutes les croix situées sur la région de Beauce-Méréville pourront être recensées et auront leur histoire à raconter... à suivre !

    Bibliographie :

    Croix et Calvaires

    Les Croix de Beauce.
    auteur(s): Père Frédéric Gatineau (Etampes) un bel ouvrage, hélas pas facile à trouver.
    Signalons que le plupart des régions de France ont des ouvrages équivalents traitant de leurs croix. Surtout les régions traversées par les "routes" de St Jacques de Compostelle, et la nôtre en est une.

    Chemin de croix, chemin de vie.
    auteur(s): Daniel Ange, Sr Emmanuelle, Guy Gilbert, Raymond Jaccard, Pierre Jaccard, Jean-Marie Lustiger, Élie Maréchal, Jean Vanier ...
    ed. du Cerf

    Croix et Calvaires. Chefs d'oeuvres de l'Art populaire
    auteur(s): Christophe Lefebure. Un nouvel ouvrage (ci-contre) paru en 2004 et donc facile à trouver.

    à suivre ...

    De nombreux ouvrages francophones sur les croix de chemins, nous viennent de la Beauce du Québec !
    En effet, l'héritage laissé par les Français lors de l'évangélisation du Canada intéresse au plus haut point les historiens actuels.
    La province de BEAUCE-Québec est une étendue céréalière supérieure à la Beauce Française, les Croix de dévôtions y sont nombreuses. Le fait que l'envahisseur Anglais ait tout tenté pour effacer la trace des "Papistes" y est pour quelque chose. Rappelons que Juillet 2005 fut le 250e anniversaire de la déportation Acadienne, génocide qui fit près de 10 000 morts sur 18 000 déportés, pour la plupart des enfants, ... des familles détruites à tout jamais. Leur "scalps" furent mis à prix par le sinistre Gal Lawrence, afin que ce soit les Indiens qui fassent le sale boulot, avant ... d'être exterminés à leurs tour. Donc aussi Croix du Souvenir, puisque bien souvent elle porte sur son socle la devise du Québec (en Français) , justement ...

    << Je me souviens ... >>


    Vous qui pleurez, venez à ce Dieu, car il pleure.
    Vous qui souffrez, venez à lui, car il guérit.
    Vous qui tremblez, venez à lui, car il sourit.
    Vous qui passez, venez à lui, car il demeure.

        Victor Hugo


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